Maladie & errance médicale

Ce que j’aurais voulu ne pas avoir à entendre

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Il y a tout un florilège de phrases qui sont vraiment dures à entendre – ou très énervantes quand on est malade.

Ceux qui sont en ligne de mire et qui sont les plus fatigants, ce sont les adeptes de la théorie psychosomatique systématique. Ils sauront trouver le petit truc qui aura pu être angoissant les jours qui précèdent le malaise et vous l’agiter devant la tête en disant « mais ça, ça t’a angoissé(e) c’est sûr, et c’est normal, c’est sûrement pour ça que tu te sens mal ! ». (Alors que non, ça va, vous gérez bien). Ou bien quand ça va mal en permanence, ils s’inventeront psychothérapeutes et ressortiront des traumatismes de l’enfance qui pourraient absolument tout expliquer (magie magie).

Il y a aussi ces médecins qui malheureusement emmènent leurs préjugés avec eux dans leur cabinet, et quand ils vous voient ils sont convaincus que vous êtes trop stressé dans votre vie, voire même fragile et peu résistant. Il faut donc arrêter de s’en faire ma petite dame. Puis surtout arrêter de se regarder le nombril, « je vous assure que vous n’avez rien ». C’est bien connu : quand on arrête de penser à ses douleurs, elles partent d’elles-même !

D’autres personnes, toujours bien intentionnées, sont celles qui vont tout expliquer grâce à la théorie du karma, du chemin de vie, et parfois iront rejoindre les psychothérapeutes en herbe. Quand bien même on adhérerait à ces pensées (je ne suis pas totalement contre, tout comme pour le psychosomatique d’ailleurs), s’entendre dire quand on est au plus mal et quand on est vraiment inquiet de ce qui nous arrive, que c’est pour apprendre telle grande chose sur la vie… ou que c’est un retour de bâton ; en plus d’être déplacé, c’est carrément culpabilisant. C’est aussi profondément lassant, quand on a VRAIMENT besoin de soins.

Puis il y a toutes les petites phrases du quotidien qu’on peut entendre de ses proches ou moins proches. « Parfois il faut se forcer et la fatigue disparaît d’elle-même » ! Magie magie encore… j’ai bien essayé de dire ça à mon corps épuisé alors même que je descends tout juste de mon lit, mais il n’a pas bronché… Le « faire du sport, ça entretient, c’est essentiel et ça va même faire disparaître vos douleurs ! ». Bon. J’ai essayé, et je m’en suis mordu les doigts. Je m’en suis même voulu de m’être fait du mal intentionnellement…

Comment oublier les personnes toujours vraiment bien intentionnées qui font comprendre qu’on ne fait rien de sa vie, et que franchement c’est vraiment parce qu’on le veut bien ? #flemmardtumefaispitié en somme.

Tous ceux qui ont du mal à se rappeler qu’on souffre réellement et ce 24h/24, et qui font des petites blagues ou des phrases délicates telles que « ah mais le sans gluten c’est dur comme du bois et c’est dégueulasse, mais comment tu fais ?! ». Attends voir… je fais parce que j’ai pas le choix et parce que je souffre vraiment… mais si je le pouvais je mangerais comme je l’entends !

Enfin, il y a ceux qui ont peur et qui vont minimiser ce qu’on ressent, parce qu’ils préféreraient que tout aille bien, qu’ils ne savent pas quoi faire, mais c’est viscéral ça leur fait peur et ça impacte sur leur vision des choses. Honnêtement, je les comprends. Mais ça n’aide pas, vraiment… avoir l’impression d’être annihilé par ses proches dans ce qu’on ressent et ce qu’on vit, surtout quand on ne trouve pas d’aide, c’est assez horrible pour rester tempérée…

Je précise juste que je peux comprendre tous les comportements ci-dessus, que parfois il n’y a pas de mauvaise intention derrière, et que quand on ne vit pas de maladie-symptôme-mal-être on oublie vite que certaines phrases peuvent être mal prises… je ne suis pas non plus contre toutes ces pensées, parfois c’est vrai que la fatigue part en « faisant », ou qu’une angoisse peut faire mal physiquement. La nuance, c’est que c’est souvent vrai quand on n’a pas réellement de problème. Et vraiment, si les personnes à qui j’ai eu affaire m’avaient réellement écoutée, je pense qu’elles auront compris que là, c’était complètement à côté de la plaque. Si elles avaient pu ressentir ma souffrance, elles auraient vite compris. Sauf que comment peut-on soigner avec efficacité si on ne fait pas confiance au patient, si on ne l’écoute pas ou que d’une oreille ? Si on reste prostré dans son jugement de base qui nous dit que « oh oui dites-donc, ça c’est de la petite jeunette stressée ? » Aurais-je du être plus théâtrale, pleurer à chaudes larmes ou tomber dans les pommes en pleine consultation ? Franchement, j’aurais bien aimé parfois. Mais certains maux restent invisibles. Bizarrement.

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